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Le Charretier de la « Providence »: un cheval, une péniche et une étranglée

Ce roman paraît en mars 1931, dans la foulée du succès des deux premiers. Simenon raconte, dans ses Mémoires intimes, comment il a choisi le thème de la couverture: « Il s’agit cette fois du quartier Maubert, de la «Mouf», comme on dit en argot, refuge des clochards parmi lesquels j’ai passé, en 1931, une nuit entière […] à la recherche d’un homme qui devait figurer sur la couverture photographique du Charretier de la Providence. Je l’ai trouvé, dans le plus sinistre des refuges pour ceux qui n’ont plus d’espoir, je l’ai amené dans un studio où on l’a photographié près d’un cheval blanc pommelé loué pour la circonstance. » La couverture est réutilisée pour les deux premières traductions.

Le motif du charretier et de son cheval est repris dans d’autres illustrations, sous forme photographique ou dessinée.

Sur d’autres couvertures, le cheval est associé à la péniche, qui n’apparaissait qu’au dos de la couverture de l’édition originale.

 

La grande majorité des couvertures comportent une image de péniche. Ce thème, maigretien s’il en est, s’imposait de lui-même, en plus de son indéniable aspect esthétique.

Une autre façon d’aborder l’illustration est de présenter une scène du roman. Une des plus dramatiques est celle du meurtre de Mary, même si cette scène n’est pas décrite dans le roman, où on ne voit que son résultat, soit la découverte du corps. Certaines illustrations montrent cependant la scène de l’étranglement, tandis que d’autres nous en montrent le résultat: ainsi, une édition espagnole présente le cadavre de Mary entre les jambes du cheval, et une édition indonésienne suggère la découverte du corps. Une autre édition espagnole montre un corps dénudé, mais couvert de bijoux, qui doit évoquer le cadavre de Mary: la scène est moins macabre, et c’est le côté érotique qui en est souligné.

 

Parfois, ce sont d’autres scènes du roman qui ont été choisies: la mort de Willy, l’arrivée du Southern Cross à l’écluse, Maigret au chevet du charretier mourant, la chute de Jean dans l’écluse.

Un autre choix consiste à présenter un objet, élément important de l’intrigue: par exemple, le vélo sur lequel Maigret parcourt le canal d’une écluse à l’autre, ou les bijoux de Mary.

On peut aussi choisir de représenter un personnage, comme Sir Lampson dans ce journal argentin.

Enfin, un autre choix d’illustration se fait par la présentation d’un décor: un paysage qui se reflète dans l’eau d’un canal.

Le Chien jaune: l’horloge, Emma et le pernod, sinon le chien

Ce roman est publié en avril 1931. Curieusement, alors que le titre semblait appeler d’office l’illustration de la couverture, soit un chien au pelage jaunâtre, l’édition originale va présenter un autre élément de l’intrigue: une table de bistrot où sont posés des verres et des bouteilles, contenant probablement le pernod servi par Emma au « carré des joyeux garçons de Concarneau ». L’image a plu, cependant, puisqu’elle a été réutilisée pour quatre traductions.

La couverture de la première édition danoise (1932) reprend le motif des verres, avec une main qui y verse le poison.

 

Mais déjà lors de la première réédition chez Fayard, va apparaître le chien jaune du titre. Cet animal va illustrer la grande majorité des éditions du roman. On notera que sa présentation ne correspond pas toujours, loin s’en faut, à la description qui en est faite dans le livre: « une grosse bête jaune et hargneuse », « d’un jaune sale », « haut sur pattes, très maigre, et sa grosse tête rappelle à la fois le mâtin et le dogue d’Ulm ». Sur les couvertures des nombreuses éditions, si le chien présenté est plus ou moins jaune, pour le reste on trouvera de tout, du chien à l’allure effrayante au petit « toutou attendrissant »…

On trouve l’image du chien souvent accompagné d’un autre personnage: Maigret, Emma, ou Mostaguen lors de sa découverte après l’attentat. Ou encore cette édition géorgienne, où le chien est aux pieds d’un personnage qui doit être Léon au bagne.

 

Dans d’autres illustrations, le chien jaune est placé dans un décor qui doit rappeler les lieux du roman: l’Hôtel de l’Amiral, les rues de Concarneau, ou la mer toute proche.

Le chien peut aussi être présenté devant l’horloge lumineuse dont il est question dans l’incipit du roman. On va retrouver l’horloge de la ville de Concarneau dans plusieurs éditions.

De l’horloge, on peut passer à d’autres endroits de la ville. Le choix de l’illustration porte sur un quai, bordé de maisons plus ou moins typiquement bretonnes, et des bateaux de pêche en avant-plan.

Une autre façon de planter le décor est de montrer, comme dans l’édition originale, l’intérieur d’un café, ou de faire un plan rapproché sur la bouteille de pernod et les verres, ou encore de symboliser l’Hôtel de l’Amiral par une enseigne.

Enfin, on mentionnera ces quatre illustrations pour leur façon originale de présenter le thème du roman: le chien qui hurle à la lune; le chien qui n’apparaît qu’en silhouette, ce qui en souligne encore le côté inquiétant; ou encore le choix de ne mentionner que le titre, sans que le chien apparaisse, alors qu’il est juste évoqué par la couleur jaune des lettres qui composent ce titre. Un autre choix consiste en la mise au premier plan du personnage d’Emma, regardée, comme on le devine, par Maigret.