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L’affaire Saint-Fiacre: église ou château ?

Ce roman est publié en février 1932. Comment illustrer son titre ? A priori, les mots « Saint-Fiacre » font penser au côté religieux de la chose: il semble donc acquis que la couverture du roman figurera une église. Ce sera le choix de nombreuses éditions. Cependant, pour qui connaît le contenu du roman, « Saint-Fiacre », c’est aussi le nom d’un château, et d’autres éditions préféreront le décor nobiliaire pour imager la couverture. Pour l’édition originale, on choisit le côté église. Cependant, le choix ne porte pas sur un bâtiment ecclésial vu de l’extérieur, mais, de façon plus dramatiquement parlante, on privilégie un angle de vue particulier: sur le devant de la couverture, on présente un homme, de profil, qui tient une corde (« La corde que le sonneur venait de lâcher frémissait encore au fond de l’église. » , comme le note Maigret en arrivant à la messe au début du roman); sur le dos, l’intérieur de l’église, vue depuis le fond, comme si le lecteur était aux côtés du sonneur. La même image est utilisée pour l’édition norvégienne de 1933.L’image du sonneur est réutilisée, et habilement détournée, dans l’édition danoise.

On va retrouver l’église dans plusieurs éditions, vue soit de l’intérieur, soit de l’extérieur.

Dans d’autres éditions, on retrouve l’intérieur de l’église, avec cette fois la représentation de la mort de la comtesse.

Un autre choix de présentation du côté église, est de montrer un élément qui y fait allusion, comme le cimetière, les mains d’une femme en prière, un enfant de chœur portant un cierge, un ornement d’église, ou un ange. On notera l’illustration de l’édition espagnole, qui figure une croix posée sur une tombe, et dessous, des racines qui symbolisent le « retour aux sources » de Maigret.

D’autres éditions ont choisi de montrer des personnages importants du roman: la comtesse ou le curé. L’édition danoise et l’édition finnoise ont utilisé des images du film Maigret et l’affaire Saint-Fiacre, avec Jean Gabin.

On trouve aussi plusieurs illustrations où est représentée « l’arme du crime »: le papier contenu dans le missel.

Un autre lieu important de l’action est le château, que l’on va retrouver sur plusieurs couvertures.

D’autres illustrations ont choisi des éléments symboliques, comme un grille qui peut représenter le château, ou un album de photographies qui évoque les souvenirs de Maigret.

Dans certains cas, on a choisi d’illustrer à la fois le château et l’église.

On peut aussi choisir de représenter une scène, de façon symbolique: ainsi, la scène du repas au château est-elle représentée par le revolver posée au milieu de la table, dans la première édition italienne, ou par le maître d’hôtel portant un chandelier, sur le premier plat d’une édition allemande.

Cette édition danoise propose la voiture jaune de Maurice de Saint-Fiacre.

Chez les Flamands: un marteau et un canal

Ce roman est publié en mars 1932. Son titre, peu explicite, exige de l’illustrateur qu’il connaisse un minimum de l’intrigue. L’édition originale présente un des moments les plus dramatiques de l’intrigue: le meurtre de Germaine. Sur le devant de la couverture, on voit un cadavre de femme, et sur le dos, la meurtrière. L’image, jugée trop sombre, a fait qu’il y a eu un second tirage, avec une autre image sur la couverture: on y voit la victime sur le point d’être frappée par l’arme du crime, un marteau. La première édition italienne de 1933 reprend l’image de l’édition originale.

La même scène de meurtre est présentée dans deux éditions espagnoles, où l’on voit aussi un marteau, qui est repris dans une édition danoise.

Dans d’autres éditions, le thème du meurtre est aussi utilisé, mais il est suggéré par le visage d’une femme, étendue comme si on l’avait frappée. Notons, dans l’édition finlandaise, l’arrière-plan où figure un piano, un objet important de l’intrigue: la composition de cette image suggère l’opposition entre la violence du meurtre et la quiétude de la musique jouée par Anna sur son piano; une harmonie brisée, en quelque sorte…

Une autre façon d’illustrer le roman est de proposer un décor, qui doit correspondre plus ou moins à l’idée des maisons de Givet plantées au bord de la Meuse, le décor tel que Simenon le propose au début du roman: « Un quai interminable, très large, avec de vingt en vingt mètres des bittes d’amarrage pour les péniches. Quelques entrepôts. Un bâtiment bas, surmonté d’un drapeau. – La douane française… […] La maison des Flamands se précisait. C’était une construction assez importante, au bord du fleuve, à l’endroit où les bateaux étaient le plus nombreux. Aucune maison proche. Le seul bâtiment en vue, à cent mètres, était le bureau de la douane belge, flanqué d’un poteau tricolore. » En résumé, le fleuve, les bateaux, et quelques maisons… C’est ce que vont retenir les illustrateur, et on va donc voir des bateaux, et des maisons au bord de l’eau.

Un autre choix est celui de représenter des personnages de l’intrigue, Anna, le marinier Cassin, Maria attendant Joseph, ou Maigret désarmant Gérard.

Enfin, une autre façon d’illustrer la couverture est d’y proposer un objet, un élément qui a son rôle dans l’intrigue, ou qui en rappelle le décor: bitte d’amarrage, ancre de bateau, ou la lettre écrite par le cousin de Mme Maigret qui lui recommande les Peeters.