Sélectionner une page

de Monsieur Gallet à Liberty Bar: roman-photo en noir et blanc

Si Simenon n’a pas inventé les couvertures photographiques, c’est bien lui qui a voulu que ses premiers romans signés de son patronyme se démarquent de la fabrication d’alors, celle qu’il avait produite lui-même ou celle des autres « poulains » des écuries éditoriales de l’entre-deux-guerres. Il s’agissait non seulement de signifier la différence de son personnage par rapport aux autres héros contemporains, mais aussi d’inaugurer une nouvelle voie dans sa création littéraire. Comme il accédait à la semi-littérature, ses romans devaient aussi avoir droit à une couverture plus soignée que les couvertures bariolées et bon marché sous lesquelles ses romans « alimentaires » avaient paru jusqu’alors.

Proposant ses idées à Vigneau, qui de son côté connaît bien son métier, Simenon va donc inaugurer le cycle Fayard avec une série de romans Maigret (et les premiers non-Maigret), illustrés par une couverture photographique à la composition dramatique dans le sens premier du terme. Déplié, le volume laisse voir que le devant et le dos de la couverture constituent une seule image (du moins pour la majorité des titres), et le choix des éléments de celle-ci doit à la fois aguicher le lecteur, rappeler le titre et introduire une part de mystère, tout ceci dans le but évident d’augmenter l’envie d’acheter le roman…

Il ne faut pas mésestimer l’impact de ces premières couvertures: preuve en est le succès qu’elles auront dans les premières traductions, qui paraissent presque immédiatement: moins d’un an sépare l’inauguration au Bal anthropométrique de la publication en norvégien de Monsieur Gallet, décédé et du Chien jaune. En 1932, vont paraître des traductions des premiers romans en italien, en néerlandais, en espagnol, en portugais, en anglais, en danois, et en 1933 suivront les traductions en tchèque, en 1934 en allemand et en suédois, en 1935 en japonais. Mais ce qui est surtout intéressant, c’est que nombre de ces premières traductions vont être publiées avec la même illustration de couverture que l’édition originale, ou pour le moins s’en inspirer fortement. Preuve que le choix de Simenon était le bon…